Enquête nationale · 5 016 mères · Édition 2026

ÊTRE MÈRE en France
en 2026

Une grande enquête sur l'expérience vécue de la maternité : le parcours, le corps, la charge, le travail, l'argent et la santé mentale.

Un système qui vous soigne, mais qui ne vous accompagne pas.

Le constat

Ce que 5 016 mères nous disent

La médecine de la naissance fonctionne. Le soutien humain, lui, fait défaut. C'est la ligne de force de cette enquête : les mères françaises sont correctement soignées, mais rarement accompagnées. Ce déficit n'est pas un confort manquant. Il a un coût, mesurable, sur la santé mentale comme sur la natalité. Et il se concentre en un moment précis - le post-partum - là où le filet médical se retire alors que le besoin culmine.

33 % ont vécu une dépression post-partum, ressentie ou diagnostiquée
72 % de ces dépressions n'ont jamais été diagnostiquées
57 % citent l'accompagnement post-partum comme ce qui leur a le plus manqué
78 % assument seules l'organisation du quotidien
0,2 / 5 la note attribuée au congé parental à 450 €
Lire le rapport intégral → 5 016 réponses, cinq chapitres, une conclusion.

Chapitre 1 · Décider

60 % placent la situation professionnelle en tête des facteurs de décision

Le désir d'enfant, une décision sous contrainte

Avant le désir, le calcul. Interrogées sur ce qui pèse au moment de décider d'avoir un enfant, les mères citent d'abord le travail (60 %), l'argent (57 %) et le logement (48 %). Le désir n'a pas disparu : il s'exerce désormais à l'intérieur d'une équation de viabilité. Signe de cette prudence, une mère sur trois (37,6 %) n'envisage pas d'autre enfant. Ce que réclament celles qui hésitent n'est ni une prime ni un slogan, mais des conditions - un congé plus long, un meilleur revenu, et « moins d'anxiété pour l'avenir ».

Pour un premier enfant, vous regardez votre propre situation. Pour un second, vous regardez les conditions collectives. Le levier public est faible à l'entrée, décisif à la relance.

Facteurs pris en compte dans la décision d’avoir un enfant

Situation professionnelle 60,1 %
Situation économique 56,6 %
Stabilité du couple 51,2 %
Logement 48 %
Âge 35,4 %
Santé 18,3 %
Durée du congé 13,7 %
Vécu dans l’enfance 12,8 %
Disponibilité des modes de garde 11,2 %
Contexte climatique 10,1 %
Distance avec la famille 9,6 %
Situation politique 7,3 %
Aides sociales 4,6 %
Base : n = 5 016, choix multiples.

Envisagez-vous d’avoir un autre enfant ?

38,8 % Oui 23,6 % Je ne sais pas 37,6 % Non
Base : n = 5 016.

Chapitre 2 · Le corps & le post-partum

Le corps, et le moment où l'on vous lâche

Là où le système vous soigne, et où l'accompagnement manque.

Post-partum

L'accouchement. Près des deux tiers des femmes (65 %) ont vécu leur accouchement positivement, et 61 % se sont senties écoutées. C'est un point fort qu'il faut affirmer. Mais la moyenne masque une minorité significative : 35 % rapportent des propos ou des comportements vécus comme infantilisants ou maltraitants - propos culpabilisants (18 %), remarques médicales déplacées (12 %), violences obstétricales ressenties (5 %). Le respect pendant l'accouchement n'est pas qu'une question éthique : les femmes qui en ont manqué déclarent une dépression post-partum deux fois plus souvent.

Le retour à la maison. C'est le point de rupture du parcours. Le ressenti chute, la fatigue culmine, le couple vacille - au moment précis où le filet médical se retire. Près d'une mère sur deux décrit une dégradation de la relation au co-parent.

33 % des mères ont vécu une dépression post-partum
72 %
jamais diagnostiquées
40 %
sans aucun accompagnement
248
font état d'idées suicidaires

Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24.

La dépression post-partum. Une mère sur trois traverse une dépression post-partum. Mais le chiffre le plus lourd n'est pas celui de la fréquence : c'est celui de l'invisibilité. Près de trois dépressions sur quatre ne sont jamais diagnostiquées, et quatre femmes concernées sur dix ne reçoivent aucun accompagnement. Surtout, 248 mères - environ 15 % de celles ayant traversé une dépression - font état d'idées suicidaires. Ce seul chiffre justifie de traiter la santé mentale périnatale comme une priorité de santé publique.

Symptômes les plus fréquemment rapportés

Tristesse persistante 63 %
Irritabilité, explosions émotionnelles 57 %
Culpabilité intense 54 %
Sentiment de vide 53 %
Anxiété permanente 52 %
Pensées négatives envahissantes 45 %
Perte de joie de vivre 41 %
Honte, sentiment d’échec 33 %
Idées suicidaires 15 %
Part des mères ayant traversé une dépression post-partum (base ≈ 1 655). La barre « Idées suicidaires » est signalée en rouge - soit 248 mères.

Le gradient social. La dépression post-partum n'est pas une fatalité hormonale : elle suit des gradients sociaux nets. Le risque passe de 22 % dans les foyers les plus aisés à 43 % dans les plus modestes. La précarité pèse sur la santé mentale.

Part des mères touchées par une dépression post-partum, selon le revenu du foyer

45 % 30 % 15 % 0 % 43 % < 1 500 € 38 % 1 500-2 500 36 % 2 500-4 000 32 % 4 000-6 500 25 % 6 000-8 000 22 % > 8 000 € Revenu net mensuel du foyer
Lecture : la part de mères touchées décroît à mesure que le revenu augmente.

Propos ou comportements vécus comme infantilisants ou maltraitants

Au moins un comportement 35 %
Dont, dans le détail (ces motifs se cumulent) :
Propos culpabilisants 18 %
Remarques médicales déplacées 12 %
Violences obstétricales ressenties 5 %
Lecture : 35 % des mères rapportent au moins un comportement de ce type. Le détail ci-dessous se cumule pour composer ce total (18 + 12 + 5).

Chapitre 3 · La charge & le couple

78 % « principalement moi »

L'organisation du quotidien repose sur une seule personne

À la question de savoir qui organise le quotidien - rendez-vous, repas, logistique de l'enfant - 78 % des mères répondent « principalement moi ». Le partage à parité ne concerne qu'une mère sur cinq. Cette asymétrie n'est pas qu'une affaire de tâches : c'est la matrice de l'épuisement.

Qui organise le quotidien au sein du couple ?

78 % Principalement la mère 20 % À parité (50/50) 2 % Autre
Base : n = 5 016. Rendez-vous, repas, logistique de l’enfant.

Et cette asymétrie a un coût conjugal

Porter seule l'organisation n'use pas seulement : cela fragilise le couple. Lorsque la mère assume seule la charge, 48,3 % des couples connaissent des tensions ou de l'éloignement ; à charge partagée, ce taux tombe à 28,3 %. Le partage protège la relation presque autant qu'il soulage la mère.

Tensions dans le couple selon le partage de la charge

48,3 %
Charge portée seule par la mère
28,3 %
Charge partagée 50/50
Part des couples décrivant des tensions ou de l’éloignement.

C'est pourquoi le premier besoin exprimé n'est ni financier ni institutionnel, mais domestique : « plus d'aide à la maison », cité par 2 343 mères - le souhait le plus fréquent de toute l'enquête.

Ce qui aiderait le plus au quotidien

Plus d’aide à la maison 46,7 %
Que le co-parent s’implique plus 27,7 %
Un temps de travail plus adapté 26,4 %
Que les grands-parents aident plus 19 %
Un mode de garde plus flexible 8,8 %
Voir plus souvent une sage-femme 7,5 %
Choix multiples.

Chapitre 4 · L'argent & le congé

0,2 / 5 la note attribuée au congé parental à 450 €

Le congé parental à 450 €, un rejet quasi unanime

Aucune autre question de l'enquête ne produit un consensus aussi massif. Invitées à noter le congé parental à 450 € par mois, les mères lui attribuent 0,2 sur 5 ; 87 % lui donnent la note la plus basse. Un montant si éloigné du seuil de pauvreté transforme le congé en privilège, réservé aux foyers capables d'absorber la perte de revenu. Interrogées sur ce que serait un montant juste, les mères convergent vers deux repères : un pourcentage du salaire (412 mentions) ou l'équivalent d'un SMIC, environ 1 400 € nets (285 mentions). La logique est simple : un congé ne devrait pas imposer un saut dans la précarité.

Quel montant de congé parental serait juste ?

87 % note 0 / 5
Un % du salaire 42,7 %
L’équivalent d’un SMIC (~1 400 € nets) 29,5 %
Environ 1 000 € 17,5 %
Le coût versé à la crèche (~8 500 €/an) 10,3 %
Donut : part attribuant la note 0/5. Barres : repères de montant jugé juste.

Comment joindre les deux bouts pendant le congé parental ?

Grâce à mes économies 46,4 %
Le co-parent gagne assez 36,1 %
Je n’y parviens pas 10,7 %
Ma famille m’aide 4,4 %
Mon entreprise complète 1,8 %
Base : n = 992.

Chapitre 5 · Le soutien

2,91 / 5 le sentiment moyen d'être épaulée

Le soutien, plus que l'argent seul, fait la différence

Au terme de l'enquête, une question résume toutes les autres : les mères se sentent-elles soutenues ? La réponse tient en une note moyenne - 2,91 sur 5. Ni détresse généralisée, ni satisfaction. Mais cet entre-deux masque l'enseignement le plus robuste de l'étude : le soutien ressenti est la variable la plus prédictive de tout le reste. Le risque de dépression post-partum passe de 55 % chez les mères les plus isolées à 17 % chez les mieux entourées. Le refus d'un autre enfant recule de 46 % à 29 % le long du même axe. Le soutien n'est pas un confort : c'est le meilleur rapport effet-coût de l'enquête, pour la santé des mères comme pour la natalité.

Le soutien, un lien

Part des mères touchées par une dépression post-partum, selon le soutien ressenti

45 % 30 % 15 % 0 % 55 % 0 50 % 1 40 % 2 32 % 3 24 % 4 17 % 5 Soutien ressenti · 0 = très isolée → 5 = très entourée
Lecture : plus le soutien ressenti est élevé, plus la part de mères touchées chute - de 55 % à 17 %.

Refus d’un autre enfant, selon le soutien ressenti

45 % 30 % 15 % 0 % 46 % 0 41 % 1 40 % 2 38 % 3 36 % 4 29 % 5 Soutien ressenti · 0 = très isolée → 5 = très entourée
Lecture : le refus recule à mesure que le soutien augmente - de 46 % à 29 %.

Une variable, trois effets

Le soutien perçu structure le risque de dépression post-partum, le désir d'un autre enfant et la qualité du vécu global. Agir sur lui, c'est agir d'un même geste sur la santé maternelle et sur la natalité.

S'informer, faute d'être accompagnée

Ce manque de soutien laisse des traces jusque dans la façon de s'informer. Les mères cherchent énormément : 94 % suivent des contenus de parentalité, Instagram en tête. Mais vers qui se tournent-elles d'abord, concrètement, quand une question surgit ? L'entourage et Google restent les deux premiers réflexes ; les professionnels de santé arrivent loin derrière.

Premier réflexe pour s’informer

L’entourage 35,7 %
Google 32,3 %
Un professionnel de santé 14,7 %
L’IA 13,4 %
Les réseaux sociaux 4 %
Recours à l’IA par âge
22 %
moins de 25 ans
5 %
45 ans et plus
Base : n = 5 016.

Le signal de l'IA. Au sein de ces réflexes, un chiffre, plus discret, mérite l'attention : l'intelligence artificielle est déjà le premier réflexe d'information de 13 % des mères - et de 22 % chez les moins de 25 ans. Quand une mère interroge une IA sur sa dépression post-partum, ce n'est pas la technologie qu'il faut lire, mais l'ampleur d'un manque : celui d'un accompagnement humain, disponible, immédiat et sans jugement. C'est précisément ce vide que l'enquête invite à combler.

Agir · Nos engagements

Quatre acteurs, un même principe

L'enquête ne décrit pas une fatalité. Elle désigne des leviers, et des acteurs en capacité d'agir. Quatre, autour d'un même principe : renforcer le soutien aux mères, en priorité dans le post-partum.

Pouvoirs publics

Le levier public est faible à l'entrée dans la maternité, décisif à la relance. Trois chantiers : revaloriser le congé parental proportionnellement au salaire, pour qu'il cesse d'être un privilège ; généraliser un dépistage systématique du post-partum ; agir sur l'accès et le coût des modes de garde.

Système de santé

La médecine de la naissance fonctionne ; l'accompagnement qui suit, beaucoup moins. Il s'agit de structurer un véritable « quatrième trimestre », de prévenir les violences obstétricales encore vécues par une minorité significative, et de généraliser le suivi psychologique périnatal.

Employeurs

Le travail est le premier facteur de décision d'avoir un enfant - et le premier point de friction au retour. Protéger le retour de congé, neutraliser le frein de carrière et flexibiliser le temps de travail relèvent directement de l'entreprise.

Écosystème

Marques, associations et communautés touchent les mères là où elles s'informent déjà. Leur rôle : multiplier les groupes de parole, produire une information fiable face au réflexe de l'IA, et choisir un registre qui déculpabilise plutôt qu'il n'ajoute à la charge.

Cette enquête prolonge la raison d'être de JOONE : écouter les mères, documenter leur expérience réelle, et porter leur voix là où se prennent les décisions.

Télécharger le rapport → Contact presse - isabelle@joone.fr

Conclusion

Le pays sait compter ses naissances. Il sait beaucoup moins écouter ses mères. Cette étude est une tentative de rééquilibrage.

Ce que 5 016 mères nous disent, et ce qu'il reste à entendre

Trois constats traversent cette enquête, et chacun appelle une décision.

1

La décision d'enfant est devenue un calcul économique

Le travail, l'argent, la stabilité du couple et le logement priment sur tout le reste. La maternité n'est plus une évidence ; elle est une équation que les mères résolvent, ou renoncent à résoudre. C'est la racine la plus profonde de la question démographique.

2

Le post-partum est l'angle mort du système

L'accompagnement s'arrête quand le besoin culmine. Un tiers des mères traversent une dépression post-partum, dont la grande majorité reste invisible. Le corps, la sexualité, le couple, la charge mentale : autant de sujets massivement vécus et rarement pris en charge. Le « quatrième trimestre » n'existe pas encore dans nos politiques.

3

Le soutien, plus que l'argent seul, fait la différence

C'est le résultat le plus robuste de l'étude. Le sentiment d'être épaulée divise par trois le risque de dépression post-partum et fait reculer de dix-sept points le refus d'un autre enfant. Il relie la santé des mères et la natalité dans une seule et même variable.

Portrait de clôture

Un plancher, pas un plafond

L'échantillon penche vers des mères diplômées, en couple, connectées et plutôt favorisées. Les difficultés décrites ici sont donc vraisemblablement sous-estimées. Si un tiers de ces mères-là traversent une dépression post-partum, qu'en est-il des plus isolées ? Ces résultats sont un seuil minimal, pas une borne haute.

Les leviers existent, et ils sont identifiés : revaloriser le congé, structurer le post-partum, protéger le retour au travail, outiller le soutien entre pairs. Aucun n'est hors de portée. Ce qui manque n'est pas la connaissance du problème - cette enquête en témoigne - mais la décision de le traiter comme une priorité.

2,91 / 5

C'est, aujourd'hui, le sentiment moyen d'être épaulée. Le faire progresser est l'objectif le plus simple à formuler - et le plus déterminant à atteindre.

Méthodologie

Enquête menée par JOONE Paris auprès de 5 016 répondantes, sur un questionnaire en ligne auto-administré de près de 300 items, entre avril et mai 2026, au sein de la communauté JOONE. Sauf indication contraire, les pourcentages portent sur les répondantes ayant répondu à chaque question (les bases varient et sont indiquées). L'échantillon, composé majoritairement de femmes en couple, âgées de 25 à 44 ans et plutôt favorisées, n'a pas vocation à être strictement représentatif : les difficultés mesurées constituent vraisemblablement un plancher, non un plafond. Les questions sensibles ont été traitées avec une attention particulière et un rappel des ressources d'aide (3114).

Joone Paris est une marque française de soin pour l'enfant et la mère, présente dans plus de 1 500 pharmacies et 23 pays. Données anonymisées disponibles pour les médias et les pouvoirs publics sur demande (isabelle@joone.fr).